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Rencontre avec Daniel… Buren
L’impossible entretien

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Ce mardi jour de pluie, notre rédaction au complet se dirigeait vers le vaisseau amiral de Gehry dans le bois de Boulogne devenu pour l’occasion un bonbon géant, monument merveilleux et profondément joyeux. L’accueil est très agréable, tout un personnel est mis à disposition pour saluer, renseigner, s’amuser… non quand même pas. Nous sommes dans une institution et penser que Daniel rejetait quand il était trentenaire les musées et toutes formes officiels de l’art. Depuis, il fait partie des stars internationales de l’art contemporain, invité partout par les plus grands, des Chinois aux Américains. A-t’il pris la grosse tête ? C’est ce que nous allons vérifier.

Tout d’abord comment trouver ce petit bonhomme dans l’immensité labyrinthique de la Fondation Louis-Vuitton. Au rez-de-chaussée, se masse une population ouest parisienne avec tous à la main une coupe de champagne maison. Beaucoup porte des chemises à rayures. En hommage au maitre sûrement. Je cherche un homme aux cheveux blanc mais, devant le nombre, j’abandonne. Je l’appelle donc « Daniel ! Où es-tu ? » Je m’approche de certains convives que j’interpelle par le prénom Daniel. Aucun ne se nomme Daniel, difficile de rencontrer un homme dont on ne connaît pas vraiment le visage. Et l’accueil est plutôt froid, à l’image de ce beau milieu ou rien n’étonnes et ou le dégagement est une capacité innée. Ce n’est pas là que je vais le trouver, il me faut monter au sommet près de la canopée architecturale où il doit se nicher. L’artiste a dû prendre de la hauteur c’est sûr pour être au plus proche de son œuvre. Entrée en scène dans un espace plus intime et propice à l’échange réel. J’avance, je prononce le prénom simple et désuet. Un homme tout de suite m’indique un petit groupe au bord du vide tourné vers l’extérieur. Un petit bonhomme se retourne, c’est lui ! Et son sourire invite à le rencontrer. Devant ce monument de l’art contemporain, le choix habituel du tutoiement, de l’accolade et du sans-gêne s’évanouit.

Bravo, merci, tous les compliments simples sortent de ma bouche. Il me regarde, fait preuve d’écoute, répond, le grand homme profondément poli est ouvert à la discussion. J’aurais voulu échanger autour de son œuvre mais hélas c’est l’homme qui s’impose, ce qu’il représente, cette force créatrice. Il me parle de vinyle, de sa petite équipe de huit escaladeurs qui ont monté ce formidable puzzle et de couleurs qui pourraient durer dix ans sans être altérées. « Mais rien ne vous arrête Monsieur Buren ! » « Si la mort prochaine », me répond-il avec un grand sourire. L’échange est impossible. Je ne me sens pas à la hauteur, je bafouille quelques phrases convenues et je fuis. Il me reste à rentrer dans le rang des anonymes à la coupe de champagne pleine et rêver un jour de grandir un peu.

matthieu chanut

www.danielburen.com
www.burencirque.fr
www.fondationlouisvuitton.fr